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RGPD et IA générative : pourquoi de nombreuses entreprises sont déjà en non-conformité sans le savoir

L'adoption rapide de l'IA générative soulève des enjeux juridiques majeurs. Découvrez pourquoi de nombreuses organisations sont en infraction au RGPD sans en avoir conscience.

RGPD et IA générative : pourquoi de nombreuses entreprises sont déjà en non-conformité sans le savoir

Une adoption rapide de l'IA générative sans cadre juridique clair

L'essor des outils d'intelligence artificielle générative a profondément transformé les pratiques professionnelles. De plus en plus d'organisations y recourent pour rédiger des contenus, analyser des documents, automatiser des réponses client ou assister les processus de recrutement. Cette adoption massive s'est souvent opérée sans que les implications juridiques soient pleinement intégrées aux projets, l'outil étant perçu comme une simple aide technique et non comme un dispositif de traitement de données personnelles.

Or, dès lors qu'un système d'IA traite des données à caractère personnel, il entre dans le champ d'application du Règlement général sur la protection des données (RGPD), conformément à son article 2. L'organisation qui décide d'utiliser un tel outil demeure responsable du traitement au sens de l'article 4, point 7, même lorsque le système est fourni par un prestataire externe.

L'illusion de l'outil neutre et ses conséquences juridiques

Assimiler l'IA générative à un logiciel bureautique ordinaire constitue une erreur juridique. Lorsqu'un salarié transmet à un système d'IA des courriels, des dossiers clients, des CV ou des comptes rendus d'entretien, ces informations sont collectées, analysées et parfois conservées. Il s'agit d'un traitement automatisé de données personnelles au sens de l'article 4, point 2, du RGPD.

Cette qualification emporte plusieurs obligations. Les personnes concernées doivent être informées du traitement, conformément aux articles 12 à 14. Une base légale doit être identifiée au titre de l'article 6. Les principes de minimisation, de limitation des finalités et de limitation de la durée de conservation posés à l'article 5 doivent être respectés. Lorsque les données sont transférées hors de l'Union européenne, les garanties prévues au chapitre V du RGPD doivent être mises en œuvre.

La question sensible de la réutilisation des données par les fournisseurs d'IA

Certains fournisseurs de systèmes d'IA se réservent la faculté d'utiliser les données saisies par les utilisateurs à des fins d'amélioration ou d'entraînement du modèle. Une telle pratique constitue un traitement ultérieur des données personnelles. Conformément à l'article 5, paragraphe 1, point b), ce traitement doit être compatible avec la finalité initiale et reposer sur une base juridique distincte si nécessaire.

Dans de nombreuses organisations, cette dimension contractuelle et technique est mal appréhendée. Les paramètres de confidentialité sont rarement vérifiés et les conditions générales d'utilisation ne sont pas analysées sous l'angle du droit des données personnelles, ce qui expose les responsables de traitement à un risque juridique accru.

L'oubli fréquent de l'analyse d'impact relative à la protection des données

L'article 35 du RGPD impose la réalisation d'une analyse d'impact (AIPD) lorsque le traitement est susceptible d'engendrer un risque élevé pour les droits et libertés des personnes. Tel est notamment le cas lorsque des systèmes d'IA sont utilisés pour évaluer des individus, automatiser des décisions ou traiter des données sensibles.

Or, l'IA générative est souvent introduite comme un simple outil d'assistance, ce qui conduit à négliger cette obligation. Cette omission prive l'organisation d'un outil essentiel d'identification et de réduction des risques juridiques et opérationnels.

Une coexistence nécessaire entre RGPD et AI Act

L'entrée en vigueur du règlement (UE) 2024/1689 sur l'intelligence artificielle, dit AI Act, n'a pas pour effet d'écarter l'application du RGPD. Les deux textes poursuivent des finalités complémentaires et s'appliquent de manière cumulative. Le respect des obligations issues de l'AI Act n'exonère pas les responsables de traitement de leurs obligations en matière de protection des données personnelles.

Un système d'IA peut ainsi satisfaire aux exigences techniques du règlement sur l'intelligence artificielle tout en restant non conforme au RGPD si l'information des personnes est insuffisante, si la base légale est inexistante ou si les flux internationaux de données ne sont pas juridiquement encadrés.

Exemple concret d'une non-conformité courante

Cas pratique : Recrutement et IA générative

Une entreprise de recrutement utilise un outil d'IA générative pour analyser automatiquement les CV reçus et produire des synthèses destinées aux recruteurs. Les CV contiennent des données personnelles, parfois sensibles, telles que l'âge, la photographie ou des informations relatives à la situation personnelle. Ces données sont transmises à un prestataire d'IA situé hors de l'Union européenne sans information préalable des candidats et sans analyse des transferts de données.

Ce dispositif constitue un traitement automatisé de données personnelles, un possible profilage et un transfert international de données. En l'absence d'information conforme aux articles 12 à 14, de base légale clairement identifiée au titre de l'article 6 et d'analyse d'impact prévue à l'article 35, l'entreprise se place en situation de non-conformité manifeste au RGPD.

La responsabilité accrue des organisations utilisatrices

Les autorités de contrôle rappellent que la responsabilité juridique pèse sur l'organisation qui choisit d'utiliser un système d'IA. Le comportement individuel des salariés ne saurait exonérer l'employeur de ses obligations. L'absence de politique interne encadrant l'usage de l'IA peut être analysée comme un manquement à l'obligation de responsabilité prévue à l'article 24 du RGPD.

Encadrer juridiquement l'IA générative implique donc d'identifier les usages, de contrôler les données transmises, d'analyser les relations contractuelles avec les fournisseurs et d'intégrer la protection des données dès la conception des projets.

L'intelligence artificielle générative modifie en profondeur les pratiques professionnelles, mais elle ne suspend pas l'application du droit de la protection des données. Le RGPD demeure le cadre juridique central de tout traitement de données personnelles, y compris lorsqu'il est réalisé par un système d'IA. L'enjeu pour les organisations n'est pas seulement de déployer des outils performants, mais de garantir que leur utilisation respecte les droits et libertés fondamentaux des personnes concernées.

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